Avec 15 500 bibliothèques, accessibles à 97 % des Français en moins de dix minutes en voiture, la France dispose aujourd’hui de l’un des réseaux de lecture publique les plus denses d’Europe. Gérées par les communes, les intercommunalités et les départements, les bibliothèques sont devenues l’équipement culturel de proximité par excellence. Il y a quarante ans pourtant, la réalité était toute autre.
« Dans les années 1970, la France était un pays particulièrement sous-développé dans le domaine des bibliothèques publiques », se souvient Gérald Grunberg, conservateur général honoraire des bibliothèques. Le pays ne compte alors qu’environ 600 000 m² de bibliothèques, alors que les besoins sont estimés au triple. Les bâtiments sont souvent anciens, les collections restent conservées en magasin et le libre accès demeure exceptionnel. Témoin privilégié de cette transformation, Gérald Grunberg a consacré l’essentiel de sa carrière au développement de la lecture publique. Au ministère de la Culture, il participe notamment à la création du concours particulier « bibliothèques » de la DGD, qui marquera un tournant pour les bibliothèques françaises.
À cette époque, l’État engage, avec les professionnels du secteur, une réflexion pour définir une politique ambitieuse de développement des bibliothèques publiques. Les bibliothèques sont déjà une compétence des communes et leur construction relève de l’initiative des maires, qui sollicitent alors des subventions spécifiques de l’État pour financer leurs projets. Les lois de décentralisation du début des années 1980 remettent toutefois ce modèle en question en prévoyant d’intégrer ces crédits à une enveloppe globale versée aux collectivités. Pour les défenseurs de la lecture publique, le risque est clair. « Si les crédits étaient fondus dans une masse globale, les bibliothèques n’auraient jamais été un investissement prioritaire », résume Gérald Grunberg.
Construire de véritables lieux de vie
Le ministère de la Culture obtient une dérogation au droit commun de la décentralisation. Le concours particulier « bibliothèques » de la Dotation générale de décentralisation (DGD) est créé en 1986 et vise à garantir l’équité territoriale en équilibrant l’équipement des différents territoires. Les départements se voient transférer les bibliothèques centrales de prêt, jusque-là gérées par l’État et qui deviennent les bibliothèques départementales.Les communes continuent de porter les projets de bibliothèques municipales. Et l’État maintient un financement spécifiquement dédié à leur construction, leur extension et leur équipement. Pour bénéficier de ce soutien, les projets doivent répondre à plusieurs critères, dont le plus emblématique reste le seuil de 0,07 m² de bibliothèque par habitant, destiné à favoriser le développement d’équipements de qualité.
Quarante ans plus tard, le concours particulier a profondément transformé le paysage de la lecture publique. En 2023, près de 4 millions de mètres carrés sont consacrés aux bibliothèques en France. Le dispositif a lui aussi évolué. Réformé en 2006, il accompagne désormais le développement des services numériques, la numérisation des collections, l’accessibilité, la transition écologique ou encore l’extension des horaires d’ouverture.
Pour Gérald Grunberg, son succès ne se mesure toutefois pas seulement en mètres carrés construits. « Si à l’époque certains élus ne voyaient pas encore la bibliothèque comme un service culturel de base, les médiathèques sont désormais devenues des lieux de vie », observe-t-il. Au-delà du prêt de livres, elles accueillent aujourd’hui des expositions, des conférences, des espaces de travail et une offre culturelle diversifiée. Les 2, 3 et 4 octobre prochains, Biblis en folie invitera le public à découvrir ces lieux dont les missions, comme les bâtiments, n’ont cessé d’évoluer depuis quarante ans.
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