Emprunter une œuvre comme on emprunte un livre : surprenant ? Et pourtant, c’est bien réel. Les artothèques permettent de faire entrer l’art dans le quotidien. Le principe est simple : pour quelques mois, particuliers, associations, établissements scolaires ou entreprises peuvent accueillir une œuvre chez eux, dans leurs locaux ou leurs espaces de travail.
Renforcé en 2025 par le ministère de la Culture, ce dispositif s’inscrit dans une histoire déjà ancienne. La première artothèque française a été créée en 1961 au Havre, lors de l’inauguration de la première Maison de la Culture par André Malraux. À partir de 1976, un lien étroit se noue avec les bibliothèques : l’artothèque de Grenoble, installée au sein de la bibliothèque Kateb Yacine, devient la première du genre à s’y implanter. Sous l’impulsion du ministère de la Culture, ce modèle se développe ensuite sur l’ensemble du territoire à partir des années 1980.
Soutenir la création contemporaine
Mais comment tout cela fonctionne ? De quelle manière ce type d’établissement compose sa collection ? À Grenoble, l’artothèque fait partie intégrante de la bibliothèque municipale. Elle est aujourd’hui la plus ancienne en activité. Dès sa création il y a cinquante ans, elle a rapidement mis en place un principe de fonctionnement en vigueur dans tous ces établissements : se focaliser sur les estampes et la photographie, et soutenir la création contemporaine par l’acquisition annuelle d’œuvres d’artistes reconnus mais aussi émergents, nationaux, internationaux et locaux.
La collection de Grenoble compte aujourd’hui plus de 2 000 œuvres empruntables dont 800 photographies. Accueillante et toujours innovante, l’artothèque de Grenoble organise aussi des animations pour les publics, et pour les enfants à partir de trois ans. « Pour célébrer les 50 ans de l’artothèque, nous proposons une grande exposition d’octobre 2026 à mars 2027 qui présentera une sélection d’œuvres, décennie par décennie, explique Isabelle Westeel, directrice de la bibliothèque. Des visites guidées et des ateliers créatifs seront organisés. » L’exposition intitulée « L'art s'emporte, 50 ans de l'artothèque de Grenoble » sera ouverte le 3 octobre, pendant Biblis en folie.
Accéder à l’art et à la culture
Mais le prêt d’œuvre d’art ne vise pas seulement à embellir son salon.
« Si nous avons un public acquis qui, régulièrement, nous rend visite et emprunte des œuvres, nous cherchons, en effet, à sensibiliser le plus grand nombre par différentes actions de médiation, explique Fabienne Dalli, Responsable de l’artothèque de Lyon. Le prêt d’œuvres aux collectivités (entreprises, associations, établissements scolaires, etc.) nous permet également de toucher un public plus large ».
Médiation, sensibilisation, éducation artistique et culturelle : l’artothèque peut alors jouer un rôle central dans l’accès à tout un patrimoine. Dans celle de Lyon, créée en 1982 et qui ensuite a intégré la bibliothèque municipale, 1 900 œuvres sont ainsi mises à disposition, dont un tiers de photographies. De nombreux tirages seront mis à l’honneur pour le Bicentenaire de la photographie. « nous prêterons des œuvres de l’artothèque aux bibliothèques de notre réseau en écho à l’exposition : Dans l’œil, du 3 novembre 2026 au 27 février 2027, et des photographies de l’artothèque dialogueront avec des pièces patrimoniales et historiques dans l’exposition Y’a pas photo, du 11 mars au 31 mai 2027 ».
Mais pourquoi ce lien entre artothèques et bibliothèques est-il si fort ? Car leur mission commune est bien l’accès à la culture, à l’image de l’Artobus. Ce dispositif, créé en 1985 et toujours en activité, permet de faire circuler et de prêter des œuvres d'art plastique en région, sur le même principe que le bibliobus pour les livres. Et c’est la Bibliothèque centrale de prêt de l’Ardèche (aujourd’hui médiathèque départementale) qui en est à l’origine. L’enjeu est de toucher tous les publics, partout sur le territoire, un objectif renforcé dès 2024, avec le programme spécifique « Artothèques en ruralité » du ministère de la Culture, pour que l’art contemporain prenne aussi la clé des champs…
Partager la page